La relativité culturelle de la vérité.

Leather painting

Peinture du cuir.

 

Travailler dans les domaines de la responsabilité sociale implique de travailler simultanément du point de vue légal ou des règles, mais aussi du point de vue culturel. J’utilise généralement l’exemple ci-dessous pour l’illustrer. Nous avons des auditeurs de différentes origines. Ils travaillent généralement dans leur propre pays (pour être en phase avec la culture locale). Mais de temps en temps, ils se déplacent. Un jour, une auditrice de Suisse vint en Chine. Pendant l’audit elle indiqua qu’il y avait un important problème dans la cantine de l’usine, car la cuisine était sale. Cependant, l’auditeur chinois déclara que la situation était correcte, peut-être pas la meilleure cuisine, mais il aurait mangé dans cette cantine sans hésiter. Quelques mois plus tard, l’auditeur chinois alla en Inde. Pendant l’audit il indiqua qu’il y avait un problème important avec la cantine, car la cuisine était trop sale. Pourtant l’auditeur indien signala que la situation était acceptable, et qu’il aurait mangé dans cette cantine sans hésiter. Peut-on considérer que seule l’auditrice suisse était correcte ? Mais dans ce cas, que faisons-nous d’au moins 2,5 milliards d’êtres humains qui mangent dans des conditions inacceptables ? Ou était-ce uniquement l’auditeur indien qui avait raison ? Mais dans ce cas, la plupart des endroits du monde font beaucoup trop en termes d’hygiène. En fait, chacun était juste dans son propre pays. Des sujets tels que la propreté et la saleté sont en fait des valeurs culturelles telles que définies par Geert Hofstede et non pas des valeurs universelles.

Dans ce cas, comment pouvons-nous éviter le biais culturel pendant les audits ? Que devrait être la conformité sociale si nous souhaitons éviter de vérifier des valeurs importantes pour une culture, mais pas pour une autre ? Les références faites aux lois locales dans les critères d’audit sont bien sur un outil évident puisque les lois sont censées être une part de la culture. Mais dans ce cas, nous devons les interpréter correctement, c’est-à-dire selon la culture locale. Les lois sont en effet écrites par des gens faisant partie de la culture locale, plus ou moins individualiste, plus ou moins inquiets des incertitudes et recherchant donc des règles universelles ou au contraire des orientations générales interprétées au cas par cas. Je recommande la lecture de Trompenaars pour approfondir ces questions. Mais dans tous ces cas, nous revenons à notre question initiale, sur quoi devons-nous baser les outils de la conformité sociale (code de conduite, critères₎…) pour éviter ces biais.

Cette question qui m’interpelle depuis des années m’a conduit à reconsidérer le chapitre des « droits des travailleurs ». C’est généralement un ensemble un peu disparate de sujets comme les contrats de travail, la discrimination, la représentation syndicale et la gestion des employés. Quand nous cherchons à être universels, nous devons nous assurer que les ouvriers sont bien impliqués dans ces droits. Le point fondamental du droit de travailleurs n’est-il pas de s’assurer de leur possibilité à se défendre eux même dans le cas de situation injuste ? Ainsi, ils pourront se focaliser sur ce qui est le plus important dans leur culture. Le droit syndical ou de représentation du personnel semble alors un élément essentiel pour que les ouvriers puissent en effet exercer cette possibilité. Mais ce droit est limité dans de très nombreux pays. En fait, dans de si nombreux pays que les critères de certification sociale ont tous proposé des solutions de contournement pour accepter des situations ou les ouvriers ne sont pas libres de se regrouper ou de se syndiquer. On demande alors généralement que l’usine soit proactive dans ses discussions avec les ouvriers (si possible avec des représentants du personnel) quand les droits syndicaux sont limités par la loi locale. Mais ne devrions-nous pas plutôt considérer que les ouvriers ne sont plus réellement capables de se défendre en cas de problèmes ? Quelle pourrait être une meilleure approche ? Les critères de conformité sociale devraient-ils accepter cette limite et créer des critères localisés conçus par des équipes locales pour convertir les principes généraux de protection en outils spécifiques qui pourraient être acceptés et être efficaces pour chaque pays spécifique ? C’est encore clairement une question ouverte ou la gestion cross-culturelle devrait probablement avoir son mot à dire.

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