Une particularité chinoise qui pousse à réfléchir.

Retired but still worker

Depuis des années, nous surveillons tous l’absence d’enfants travaillant dans les usines. Mais depuis des années également, nous observons en Chine la présence parfois massive de personnes âgées dans les usines. Ces personnes, retraitées, travaillent néanmoins à temps plein avec des conséquences que nous allons évoquer ici.

Contrairement aux pays occidentaux où les raisons poussant les retraités à poursuivre leur carrière sont multiples, les causes en Chine sont uniquement économiques. Le montant des pensions est très faible et ne permet pas toujours un niveau de vie décent. De nombreux ouvriers maintiennent donc leur activité après leur retraite officielle. Cependant, leur statut est particulier. Officiellement retraités, ils touchent leur pension et leur sécurité sociale est liée à leur statut de retraité. Mais simultanément, ils doivent signer un nouveau contrat avec l’usine. Là est la subtilité à l’origine de cette newsletter. Le ministère du travail chinois indique bien que le contrat liant alors l’employé à l’usine est un contrat civil et non un contrat dépendant du droit du travail. La loi appliquée dépend donc du statut et non de la fonction. C’est ainsi que les ouvriers retraités ne cotisent pas à la sécurité sociale, mais c’est également ainsi que certains expliquent que le salaire minimum légal ne s’applique pas, car les retraités ne sont pas couverts par le droit du travail.

Étudions maintenant les conséquences réelles ou potentielles d’une telle situation. La première, évidente, est que les retraités coûtent moins cher que les autres travailleurs. Il y a moins de charges et potentiellement un coût salarial moindre. Comme simultanément les « retraités » touchent également une pension, leurs attentes salariales sont moindres, renforçant la tendance baissière des salaires. Ceci apporte donc une pression supplémentaire à la baisse sur les salaires en Chine, ou tout au moins limite la tendance haussière. Ainsi ces travailleurs limitent la pression sur le gouvernement au niveau des pensions et limitent la hausse des salaires au bénéfice de l’industrie.

Pourtant, force est de constater que la situation est également plus équilibrée qu’il n’y paraît. Nous avons presque toujours vu que les usines ne cherchent pas à réduire les salaires des retraités. Les ouvriers étant souvent payés à la pièce, le prix à la pièce reste le même. Il n’y a aucune discrimination de ce point de vue. Par contre, la productivité diminuant, il arrive que le salaire à la pièce obtenu n’atteigne pas le salaire minimum légal horaire s’appliquant aux autres ouvriers. L’usine pourrait alors compenser ce montant, mais cela serait de fait discriminatoire vis-à-vis des autres ouvriers qui serait moins payé à travail équivalent. Ou alors, refuser ces ouvriers pour cause de productivité insuffisante…

Les décisions individuelles des retraités et de leurs employeurs ont des conséquences sur les équilibres du pays, car ils sont des millions. Il semble alors évident qu’il n’y a pas de réponse simple à ce problème complexe.

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