Un point sur le travail forcé.

Modern workshop in China

Modern workshop in China

Cet hiver, les médias ont rapporté des cas d’esclavagisme sur des bateaux de pêche en Asie du sud-est. Heureusement, ces cas sont rares dans des supply chains plus industrielles. Malheureusement, nous rencontrons néanmoins des situations de travail forcé dans différentes régions.

L’OIT a fait un pas de plus pour la lutte contre le travail forcé en émettant un nouveau protocole (P29) qui rentrera en application à la fin de l’année. Il rappelle quelques principes de la convention C29 et met en lumière des moyens potentiels de lutte contre le travail forcé dans le contexte actuel (la convention C29 date de 1930).

Mais revenons à la RSE. Notre propre expérience nous a montré que souvent, quand nous découvrons des cas de travail forcé, l’usine n’est souvent pas consciente que ses pratiques sont en fait qualifié de travail forcé. Le protocole P29, signale la même chose dans son article 2 en insistant que la prévention doit inclure la formation des personnes vulnérables et des employeurs. De récents exemples à Taïwan nous ont montré que les usines ne comprenaient pas que les ouvriers s’étant endettés pour obvenir un travail, ils étaient considérés comme travailleurs forcés. La direction considérant que les ouvriers avaient choisi librement cette option. Cependant, elle n’intégrait pas que ce faisant les ouvriers perdaient la possibilité de choix pour les 3 ans du contrat. Avec la dette, les ouvriers ne sont plus capables de démissionner si leur situation change. La SA 8000 est très claire sur le sujet en indiquant : « 2.3 – L’organisation doit s’assurer qu’aucuns frais ou coûts liés à l’embauche ne soient en tout ou en partie à la charge du travailleur ».

D’autres exemples sur Dubai nous ont montré le même manque de compréhension.La plupart des usines conservent les passeports des ouvriers, car c’est la pratique courante, sans vraiment connaître la raison de cette pratique. Un ouvrier migrant doit avoir un « sponsor » pour obtenir le visa. Le sponsor a de fait une responsabilité vis-à-vis des services d’immigration. Ainsi, le but premier de garder les passeports était de répondre aux demandes du service d’immigration. Mais cela a une autre conséquence. Le lien entre l’employé et le sponsor est très fort et conduit à des situations difficiles si l’employé souhaite changer d’employeur. Et c’est presque impossible s’il n’a pas son passeport. L’OIT a d’ailleurs notifié ce point au Quatar dans le rapport annuel de la commission (page 225).

Ainsi, des usines mettent en fait leurs employés en situation de travail forcé sans même s’en rendre compte, car elles pensent simplement mettre en œuvre leurs règles habituelles sans penser aux conséquences à plus long terme ou comment ces pratiques pourraient être détournées. La direction de ces usines est bien sûr choquée quand nous signalons ces situations et elles nous expliquent généralement que ce n’était pas leur but. Mais bien que le comportement soit très important sur ces sujets, nous devons également prévenir les situations de travail forcé potentiel. Agir rapidement dans ces cas d’incompréhension n’est donc pas uniquement une nécessité en termes de gestion de risque, mais aussi comme l’OIT le signale un long processus de lutte contre le travail forcé.

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