Que faisons nous des faits ?

Handcraft workers

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Les résultats d’audits ne sont pas toujours positifs, et cela entraîne parfois des tensions entre les clients et les fournisseurs. Une stratégie logique pour les usines consiste à nier les écarts. Souvent, les usines demandent des preuves matérielles des écarts. Ceci est particulièrement délicat, car certains sujets ne peuvent pas aisément être identifiés avec des preuves matérielles comme la discrimination ou des comportements de harcèlement de l’encadrement. Détecter des preuves matérielles dans ce genre de cas nécessiterait une présence continue dans l’usine ce qui est incompatible avec la pratique de l’audit qui est par définition ponctuelle.

Pourtant, c’est un autre point qu’il me semble important de signaler. Bien que ce soit particulièrement dommageable, les usines chinoises sont maintenant pour la plupart parfaitement « formées » à la dissimulation des informations (comme nous le signalions le mois dernier). Ceci recouvre entre autres la création de faux documents. Il y a donc en fait manipulation des preuves matérielles. Dans une approche où seules ces dernières sont prises en compte, la dissimulation est particulièrement aisée (l’usine ayant le temps de se préparer, voire tout simplement de supprimer l’accès aux documents et donc aux preuves). Nous rappelons ici que nous ne sommes pas dans une enquête policière et que nous ne pouvons donc pas accéder où nous le voulons. Cependant, lorsque malgré tout nous apportons la preuve d’une dissimulation, nous devrions en tirer les conséquences complètes : c’est-à-dire la suppression de la confiance dans les informations transmises par l’usine. C’est à dire l’échec de l’audit dans le sens que les résultats de l’audit ne peuvent plus être considérés comme pertinents. En d’autres termes que l’usine a refusé de manière indirecte que l’audit soit réalisé.

Cette approche est valable et devrait normalement pousser les usines à une réelle coopération, les conséquences de la dissimulation devenant importante. Pourtant, force est de constater qu’actuellement, si une dissimulation est identifiée, cela n’impacte l’évaluation finale que pour le sujet, et non la confiance dans l’usine comme ça le devrait. De plus, l’impact est souvent minime puisqu’il se limite à signifier une incertitude sur le sujet plutôt que de considérer au moins le sujet comme ayant un écart majeur.

Ainsi, on incite les usines à modifier les preuves matérielles puisque la modification permet des gains importants pour un risque faible. Cependant, en agissant de la sorte, on affaiblit tout le principe de l’audit, et petit à petit, les restrictions sur la notion de preuves matérielles augmentent. Les usines déclarant ne pas prendre en compte les résultats d’interviews sauf si elles sont enregistrées deviennent fréquentes. Petit à petit, certains auditeurs en viennent à renoncer aux interviews. La pertinence des audits sociaux en est fortement diminuée. Que vaut une qualification si on accepte implicitement la triche ? Un candidat trichant à des examens ne peut pas dire que la formule qu’il a regardée ne concernait que 5 % de l’examen et donc que sa note ne peut pas être impactée de plus de 5 %. Un candidat trichant est éliminé.

On peut se demander comment le processus d’audit social perd ce bon sens. Quels sont les acteurs ayant un intérêt à de telles pratiques ?

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