Origine ou conséquence ?

A worker polishing glass

A worker polishing glass

Parmi les centaines d’audits que nous réalisons chaque année, ceux de la chine (et d’autres pays de production) présentent une situation quasi constante. L’usine prépare l’audit pour dissimuler des informations d’une manière ou d’une autre. Cela peut être de faux documents, la formation des ouvriers à mentir…

Pourtant, cela ne veut pas dire que les usines ne sont jamais transparentes. Nous avons récemment audité une usine caractéristique de ce point de vue. L’usine a été immédiatement transparente et nous a montré les vrais enregistrements de production, de temps de travail… Simultanément, lors des interviews, 80 % des ouvriers nous ont expliqué un temps de travail tel qu’il atteigne exactement 60 heures par semaine (ce qui est une limite couramment utilisée, bien qu’elle demeure illégale en Chine et qu’elle néglige que les heures supplémentaires ne devraient pas être régulières). La direction de l’usine nous a clairement expliqué qu’ils formaient en effet les ouvriers, car c’est une demande d’autres clients. Cette formulation est particulièrement intéressante. L’usine pense répondre à une demande du client. Elle ne considère pas qu’elle triche. Pendant l’audit, nous avons également repéré des déductions sur les salaires pour le paiement des repas et des dortoirs qui n’étaient pas indiqués sur les enregistrements de salaires (comme la cantine et les dortoirs sont des services et non une obligation de l’usine, il est normal de faire payer le service). Ici encore la direction a immédiatement reconnu la situation en nous expliquant que certains auditeurs « n’aiment pas » les déductions. Là encore, l’usine cherchait à « satisfaire » et non réellement à dissimuler puisqu’elle a été transparente quand nous l’avons demandé. D’ailleurs, une autre usine a récemment tenu à nous montrer fièrement et fin d’audit le jeu de faux documents qu’elle avait fait pour les autres audits. L’état d’esprit n’est plus à la dissimulation, mais à la réponse à ce qui est perçu comme une attente.

Nous pouvons donc légitimement nous demander si les pratiques de dissimulation des usines sont l’origine ou la conséquence du cercle vicieux « exigences inatteignables / audit imparfait / dissimulation / illusion de conformité ».

Les pratiques d’audits totalement formatées et empêchant l’auditeur de s’adapter aux réalités du terrain ont bien sur un impact fort puisqu’elles rendent aisé la dissimulation. D’ailleurs, de plus en plus d’usines nous signalent que les auditeurs ne considèrent plus les interviews comme des preuves. Nous souhaiterions faciliter le travail de la dissimulation que nous ne ferions pas autrement, car s’il est aisé de modifier un document, il est plus difficile (et coûteux) de former les ouvriers. La dissimulation quasi systématique ne serait-elle donc qu’une adaptation des usines au marché ? Nous pouvons donc nous demander qui en profite.

Un commentaire

  1. Ping :Éloge de la complexité.

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