Des prévisions pour 2016.

A worker in Puff toys factory

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La nouvelle année 2016 est encore récente et l’année chinoise du singe est encore à venir. Nous sommes à une période de vœux et d’analyse, mais aussi à une période de projection. C’est bien sur un exercice difficile et bien des prévisions trop détaillées se révèlent fausses. Essayons néanmoins de prévoir quelques tendances.

L’un des pays les plus marquants de 2015 aura été la Turquie. Au sein de plusieurs événements géopolitiques importants, d’un point de vue des travailleurs c’est la présence massive de migrant qui aura clairement été le point clé. Même si les médias ont beaucoup parlé des migrants traversant la Turquie uniquement, force est de constater qu’en fait de très nombreux migrants se sont installés en Turquie pour des périodes de quelques mois à quelques années. En conséquence, le nombre de travailleurs potentiellement illégaux a fortement augmenté. Si au début les migrants ont vécu sur leurs économies, celles-ci ne sont plus et ces personnes sont donc prêtes à accepter tous types de métiers à tous types de salaires. Ainsi, nous prévoyons que le salaire moyen va baisser en Turquie et que les non-conformités liées au non-respect du salaire minimum légal vont fortement augmenter en 2016 en Turquie. Nous avons commencé à voir quelques cas récemment dans les usines les moins structurées. Cela impact bien sur le cout de la sous-traitance et tire donc les prix vers le bas, poussant les autres usines à elles aussi baisser leurs couts, d’autant qu’une solution aisée sur la main-d’œuvre est disponible.

La sous-traitance est au cœur de notre 2ème projection. 2015 a été une année médiatiquement calme pour le Bangladesh après les années difficiles suite au Rhana Plazza. Un temps de répit pour permettre la mise en place d’actions fortes pour améliorer les usines. Ce temps pour permettre la mise en œuvre des améliorations était nécessaire. Pourtant, les contrôles de bâtiment conduisent à une situation paradoxale. De nombreuses usines sont considérées comme non sures et ne peuvent plus exporter. Pourtant, elles n’ont pas été rasées (sauf exception). Le marché intérieur du Bangladesh ne suffit pas à expliquer le nombre de ces usines textiles n’exportant pas. Ainsi, la sous-traitance massive continuera de se développer au Bangladesh dans des usines non autorisées, mais aussi non auditées. On peut malheureusement s’inquiéter de possible abus sur les travailleurs et d’accident dans des usines toujours non sures.

Récemment les médias occidentaux ont parlé de la chine pour ses difficultés économiques. De fait, le secteur manufacturier a été en difficulté cette année 2015 et nous avons rencontré de nombreuses usines tournant en dessous de leur capacité. En conséquence, le temps de travail a plutôt baissé en 2015, avec plus d’usines proches de 65 heures hebdomadaires et même parfois des usines à seulement un peu plus de 60 heures par semaine. Nous devrions nous en réjouir, car l’impact est alors positif sur les conditions de travail. Pourtant, il me semble que 2016 ne s’annonce pas très bien. En effet, les usines embauchent généralement pour des périodes de 1 an, même si ce n’est pas clairement formulé de la sorte. Comme les carnets de commandes ne sont pas bons pour le moment, il est probable que les usines embaucheront moins au retour du Nouvel An chinois. En conséquence, quand les commandes arriveront, la capacité de l’usine sera plus faible et les ouvriers devront faire des heures supplémentaires pour compenser.

Le premier semestre nous confirmera ou non ces prévisions. Mais cela nous rappelle néanmoins que le monde n’est pas figé et que les évaluations d’usine ne doivent pas l’être non plus.

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