Inde / Chine, une comparaison pas toujours appropriée.

Workers from China and India in 2008

Workers from China and India in 2008

La Chine et l’Inde sont souvent comparées dans les médias occidentaux. Croissance et poids démographique sont des liens évidents. Cependant, le monde du travail n’est pas si similaire qu’il peut sembler de prime abord.

L’histoire de l’évolution économique de ces deux pays est différente et conduit à des situations différentes.

Le boom économique chinois s’est construit sur une rupture et une volonté politique. La zone spéciale économique de Shenzhen en est un bon exemple. Avant tout c’est une zone spéciale. C’est-à-dire que les règles normales ne s’appliquent pas. Le but était d’ouvrir le pays sans l’ouvrir complètement. Ainsi, la bourgade de Shenzhen s’est développée exponentiellement pour accueillir les investisseurs étrangers. Comme la population était très loin d’être suffisante pour travailler dans les usines, les populations environnantes ont été incitées à venir y travailler. Bien que la plupart des travailleurs soient retournés dans leurs régions d’origine après quelques années de travail, Shenzhen est maintenant une ville de près de 10 millions d’habitants, la deuxième place boursière du pays… le succès aidant le schéma a été reproduit : Facilitation pour les investisseurs, facilitation pour l’arrivée de la main d’œuvre. Les conséquences de ce développement sont la part prépondérante des travailleurs migrants dans les usines et les abus potentiels en découlant d’une part, et la dissociation entre les activités commerciales et de production d’autre part. Enfin, l’importance de l’investissement étranger a accentué l’orientation exportatrice de l’industrie.

La croissance économique indienne découle elle d’une évolution. Dès son indépendance de l’Empire britannique, l’autonomie économique a été au cœur de sa stratégie. Gandhi avait dès le début mis en exergue l’aberration pour l’Inde d’exporter à bas prix du coton brut pour acheter ensuite à prix fort des tissus de coton venus d’Angleterre. Ainsi, la production à destination du marché local a toujours été essentielle. Les médias ont récemment parlé de la nouvelle voiture économique de TATA motors (La Nano vendue environ à 2 500 USD). Cette voiture est prioritairement destinée au marché indien, même si elle est probablement exportée dans d’autres pays en voie de développement. Cette orientation économique a des conséquences. D’une part, le tissu industriel est relativement uniforme sur l’ensemble du territoire. Ainsi, les travailleurs migrants sont moins nombreux et correspondent à des migrations de longue durée. De plus, les activités exportatrices se sont le plus souvent appuyées sur des structures existantes dédiées au marché local. Ainsi, les modes de gestion industrielle et du personnel ont généralement été dupliqués (paternalisme, sous-traitance à domicile, investissement réduit, usines plus anciennes…)

Ainsi, la condition des travailleurs ne peut être extrapolée d’un pays à l’autre, bien que certains éléments comme les coûts bruts soient comparables. L’évaluation des résultats des audits sociaux semble difficile à faire sur des résultats bruts, mais doit plutôt être réalisée sur une analyse prenant en compte les spécificités de chaque pays. La globalisation de l’économie ne peut pas encore entrainer une globalisation de l’analyse.

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