Un triste 1er mai.

Un travailleur migrant

Un travailleur migrant

La fin du mois d’avril a été riche en articles relatant les abus dans le monde du travail. Des faits tragiques comme la mort de dizaines d’ouvriers dans une usine marocaine car les issues de secours étaient inaccessibles, enfermant les ouvriers dans le brasier. Et d’autres qui ne le sont pas moins mais qui se déroulent au quotidien. Il nous semble que l’événement presse a cependant été l’annonce le 30 avril par le quotidien chinois « Métropole du sud » de l’existence d’un trafic d’enfant entre le Sichuan et le Guangdong pour alimenter les usines en enfants travailleurs.

Cet événement est marquant à plus d’un titre. D’une part à cause des faits. Nous signalons la résurgence du travail des enfants dans le Guangdong (riche province industrielle du sud de la Chine) depuis plus d’un an maintenant. En effet, même s’il n’avait jamais complètement disparu, le travail des enfants était exceptionnel et ne concernait plus vraiment les industries exportatrices. Mais depuis un an, les difficultés que rencontrent les entreprises pour recruter font que celles-ci sont moins respectueuses des règles et dérogent parfois en embauchant des enfants d’environ 15 ans. Cependant dans le cas soulevé fin avril, il ne s’agit plus d’une prise de liberté avec une règle globalement respectée, mais d’une organisation pour faire travailler des enfants. Le journal relate un phénomène concernant plusieurs centaines d’enfants (et peut être à compter en milliers), des pratiques de trafic avec un réseau de rabatteur, une organisation dans la ville de Dongguan (l’une des plus grosses villes industrielle du Guangdong) pour gérer l’arrivée, le logement et le placement des enfants, et un marché informel pour permettre aux patrons des usines de sélectionner les enfants. Les pires formes de ce commerce sont exposées comme le kidnapping, les abus sexuel et les violences. Des équipes spécialisées venant dans les usines pour assurer aux patrons que cette main d’œuvre restera docile.
L’autre élément exceptionnel de cet article est sa source même. Généralement les articles sur de tels sujets sont tout d’abord relatés dans les journaux de Hong Kong ou d’ailleurs dans le monde avant d’être finalement évoqués en Chine. Ici c’est bien un article chinois qui a ensuite été repris dans les médias internationaux.
Cette situation nous amène à émettre quelques commentaires. D’une part à propos du travail des enfants en Chine, comme nous l’avions évoqué lors d’une précédente newsletter, il semble que le phénomène, de « nouveau » l’année dernière, s’installe dans le paysage industriel. Les cas extrêmes présentés ici, même s’ils sont probablement marginaux en termes de quantité, sont la preuve d’une demande de la part des usines et le symptôme d’une situation qui se généralise (Les usines cités comme ayant recours au travail des enfants étaient d’ailleurs des industries « technologiques » comme du matériel électronique). C’est ainsi tout le monde industriel chinois qui peut être concerné, et de ce fait, c’est également ainsi que les politiques de suivi des fournisseurs prennent tout leur sens.
Un deuxième commentaire plus général concerne l’opinion publique chinoise. Il est courant en occident de considéré l’opinion publique chinoise comme inexistante. Cependant, de telles révélations font réagir tout être humain. Ainsi l’opinion chinoise réclame des mesures pour arrêter ce trafic et des punitions pour les coupables. La classe moyenne chinoise se rapproche ainsi peu à peu des raisonnements occidentaux en terme de respect des plus faibles.

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