Une ONG, récemment citée par les médias, a publié une étude sur les conditions de travail dans une usine fabriquant des claviers pour toutes les plus grandes marques d'ordinateurs (http://www.nlcnet.org/article.php?id=613#bw). Les résultats ne nous ont pas surpris. Temps de travail supérieur a 80 heures par semaine, non-respects du salaire minimum, pratiques confinant au travail forcé...
Quand nous abordons la question des aspects sociaux chez les sous-traitants avec les marques technologiques, la plupart ne comprennent pas pourquoi elles devraient s'en préoccuper. Elles considèrent le plus souvent, à tort, que la grande qualité technique de leurs produits est une protection suffisante contre ces problèmes et/ou le dénigrement public pour travail injuste et inacceptable. La situation est plus complexe.
La qualité ne se limite pas aux données techniques des produits, mais correspond aussi en la perception qu'en ont les clients, et donc indirectement des conditions de travail. L'image que l'on a généralement de ce type de société est celle d'employés hautement qualifiés produisant des produits aux avant-postes de la technologie, et non celle de travailleurs migrants gagnant moins de 150 euros mensuels. Mais, de fait, les médias montrent de plus en plus les conditions de fabrications dans les supply chains, plus seulement pour le textile et les chaussures, mais pour la pluspart des articles. L'article mentionné ci-dessus est un parmi les nombreux qui mettent les consommateurs à un clic de l'information.
Essayons de comprendre la situation.
Tout d'abord, seule une petite partie du processus de fabrication de produits technologique est réellement technologique. La production est majoritairement constituée d'assemblage, d'impression, d'emballage... un ensemble de tâches réalisées par une main-d'oeuvre faiblement qualifiée. Les usines peuvent alors être organisées avec deux niveaux différents : des ouvriers qualifiés d'un côté, et des taches non qualifiées de l'autre réalisées par leur personnel non qualifié, ou sous-traité. Les deux niveaux fonctionnent comme deux entités séparées, rendant non prioritaire la gestion des conditions de travail des travailleurs non qualifié.
Il faut également prendre en compte le contexte culturel qui est crucial dans la relation employeur/employé. Les systèmes de management de la qualité vont indirectement prendre en compte les aspects sociaux dans les pays occidentaux alors que ce n'est pas le cas en Asie. En Asie, les employés sont généralement sélectionnés et entrainés à obéir aux instructions et non à exprimer leurs opinions personnelles conduisant à des changements et des améliorations. Ainsi, les problèmes qualité découlant des problématiques de conditions de travail seront plus difficilement remontés et traités. Ainsi, le plus souvent, les sociétés technologiques continuent à tort de croire qu'atteindre les exigences qualité signifie que les exigences sociales sont atteintes.
Paradoxalement, les sociétés fournissant des produits technologiques, qui sont généralement considérées comme progressiste sont de fait souvent moins en avance sur la gestion des aspects sociaux que des industries comme celle du vêtement par exemple. Ceci est évidemment regrettable, mais est surtout dangereux dans le climat actuel de réduction de la consommation. Une prise de conscience rapide est donc nécessaire, passant par une mesure de la situation réelle, et permettant la mise en œuvre de démarche d'amélioration appropriée comme ces industries ont su le faire à propos de la qualité.
Lei Chen Wong a contribuée à cet article.